La FNAREN communique

27
Octobre

Lettre-réponse Défenseur des Droits, octobre 2020

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20
Octobre

Lettre adressée au Défenseur des Droits, octobre 2020

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5
Octobre

Obtention du CAPPEI par la VAE, septembre 2020

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15
Mai

Lettre au défenseur des droits

Le 20 novembre 2019, nous fêtions le 30ème anniversaire de la Convention des Nations Unies pour les droits de l’enfant et le 60ème anniversaire de la Déclaration des droits de l'enfant.
Par ce courrier, nous souhaitons vous alerter à nouveau sur une atteinte aux droits des enfants à être aidés à l'École, selon leurs besoins éducatifs particuliers.
Depuis le début du confinement, les enfants doivent travailler chez eux. Les possibilités pour les familles de les accompagner sont inégales, même si les enseignants ont tout fait pour maintenir les liens pédagogiques et relationnels entre l’enfant et l’école. Ils et elles ont continué à prouver leur grand professionnalisme pour permettre à leurs élèves de garder le plaisir d’apprendre, de comprendre, de créer, d’imaginer.
Nous savons bien cependant que les conditions de vie des familles, inévitablement impactées par la crise sanitaire, ne leur ont pas toujours permis de rester en lien avec l’école. Quelles que soient les conditions dans lesquelles cette période a été vécue, celle-ci laissera des traces chez les enfants. Des traces qui pourront être autant de nouveaux empêchements à apprendre.
Les difficultés scolaires que rencontraient déjà, avant la crise sanitaire, certains enfants, n'auront pas disparues, qu’elles soient pédagogiques, relationnelles ou psychologiques.
Nous allons aussi découvrir que le confinement aura fragilisé d’autres enfants.
Les élèves vont retrouver une école différente de celle qu’ils ont quittée. Les quelques semaines d’école restantes seront contraignantes d’un point de vue sanitaire et les espaces de liberté réduits.
Le Réseau d’Aides Spécialisées aux Élèves en difficulté (RASED) a et aura toute sa place dans l’accompagnement de ces élèves à besoins éducatifs particuliers.
Or, force est de constater que, malgré les discours, les déclarations d’intentions et même la circulaire du 18 août 2014 (n° 2014-107) qui conforte le rôle des RASED, les enfants en « difficulté ordinaire » à l’école sont de moins en moins aidés, faute de professionnels en nombre suffisant.
On estime à 300.000, les élèves ne pouvant plus bénéficier de l'aide de ce dispositif.
Le métier d’enseignant(e) spécialisé(e) dans l’aide à dominante rééducative/relationnelle a été particulièrement mis à mal depuis 2008, par des vagues de suppression de poste1 et leur non renouvellement suite à des départs à la retraite ainsi que par la transformation en 2017 de la formation2 et un nombre décroissant de stagiaires3. Le nombre d'enseignants spécialisés continue de diminuer inexorablement.
D’ailleurs, à la rentrée 2020, la carte scolaire prévoit de fermer des postes RASED dans de nombreux département (86 postes : 50 E et 36 G), et cela, malgré le contexte actuel qui réclament plus que jamais leur présence sur le terrain.
Cette situation est loin de répondre aux préconisations du Comité des Droits de l’Enfant qui, dans sa recommandation n°12, demande au ministère de l’Éducation nationale de « poursuivre son effort de développement des RASED en veillant à garantir l’égalité entre les territoires ».
Elle n’est pas cohérente non plus avec la proposition n°46 du rapport n°2178 de la commission d’enquête de l’Assemblée Nationale sur l’école inclusive : “Relancer les réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (RASED).”
Dans beaucoup d'endroits, les enseignants spécialisés à dominante rééducative/relationnelle n'ont plus la possibilité de mettre en place des actions de prévention de la difficulté scolaire qui concernent tous les enfants. C’est une précieuse mission.
Nous voulons aussi vous alerter sur le fait qu’aujourd’hui l’école n’a plus la capacité d’aider en son sein tous les élèves qui rencontrent des difficultés persistantes.
La difficulté scolaire est complexe et multifactorielle. Son analyse et les réponses adaptées sont à apporter d'abord à l'école. Il faut pour cela qu’elle dispose aussi de moyens en personnel RASED formé spécifiquement.
D'autres dispositifs sont mis en place pour lutter contre l'échec scolaire (dédoublement des CP et CE1 en REP et REP+, Activités Pédagogiques Complémentaires ou APC). Ils sont certes complémentaires mais ne peuvent se substituer aux aides RASED.
Pour (re)donner aux élèves le désir d’apprendre, restaurer chez eux l’estime de soi, les amener à (re)trouver le chemin des apprentissages, l'École doit proposer des chemins spécifiques.
L’école inclusive, à laquelle nous sommes attachés, met en avant l’accompagnement des enfants en situation de handicap. Des moyens, même s’ils restent encore insuffisants pour une scolarisation bienveillante, existent et se renforcent progressivement. D’ailleurs, les enseignants spécialisés et les psychologues de l’Education nationale (tous, personnels du RASED) participent à la mise en place de cette inclusion.
Nombre de membres de la communauté scientifique du médical et de l’éducation constatent un mouvement de médicalisation de la difficulté scolaire et déplore certains effets ressentis sur le terrain. Ce mouvement amène à supprimer l’idée d’une approche globale de la difficulté scolaire et de sa complexité. La réforme de la formation des enseignants spécialisés (CAPPEI) est caractéristique de ce phénomène. En effet, cette réforme a quasiment supprimé la formation au métier d'enseignant spécialisé à dominante rééducative/relationnelle telle qu’elle était conçue précédemment.
Cela a particulièrement affecté les professionnels qui mènent depuis, nationalement et localement dans le cadre notamment des collectifs RASED, un combat pour que soit restaurée la formation à ce précieux métier.
Nous pensons que les enfants ont le droit d’être aidés dans l’école de la façon qui permet de dire à chaque enfant, comme Albert Jacquard, “l’être merveilleux qu’il y a en lui »4.
Le Défenseur des Droits des Pyrénées Atlantique a ouvert le dossier n°20-8314 et vous a interpellé à ce sujet récemment.
Nous vous remercions de l’attention que vous porterez à notre demande et de bien vouloir intervenir auprès de vos interlocuteurs du Ministère de l'Education nationale et de la jeunesse, des Assemblées et plus largement.
L'école, qui s'est fixée comme objectif d'amener tous les enfants à réussir et à être une école de la confiance, doit rassembler toutes ses forces pour atteindre un tel objectif. Les professionnels des RASED, parmi lesquels les enseignants spécialisés, sont un élément essentiel de la réussite de ce projet.
Je vous prie de croire, Madame la Défenseure des Droits de l'enfant, Monsieur le Défenseur des Droits, en mon attachement profond au service public d’éducation.
Laurence FOURTOUILL Présidente de la FNAREN

1: 3810 postes à la rentrée 2006, 1766 à la rentrée 2016 et moins de 1300 en septembre 2019.
2: Formation CAPA-SH refondu en 2017 en CAPPEI avec diminution de nombre d’heures de formation et suppression de certains contenus spécifiques essentiels.
3: Cette année, environ 60 personnes seront formées au niveau national, au lieu de 200 en moyenne dans le passé.
4: Monsieur Albert Jacquard était membre du Comité scientifique de notre fédération

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